1 GNOSE, MYSTICISME, DANTE E. AROUX DANTE H‰R‰TIQUE

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    GNOSE, MYSTICISME, DANTE Comment ne pas penser au chanoine Rocca et Vatican II ? L-H R1.

    E. AROUX

    DANTE HRTIQUE RVOLUTIONNAIRE ET SOCIALISTE.

    RVLATIONS DUN CATHOLIQUE SUR LE MOYEN-GE. Paris Renouard 1854

    p. 1 21 - LHRSIE AU MOYEN AGE - PRCIS HISTORIQUE.

    L'glise catholique tait, au moyen ge, la pierre angulaire de l 'difice social ; aprs avoir sauv la civilisation euro-penne, arrache par elle la barbarie, elle avait reconstitu l'ordre et s'tait fait obir des peuples et des rois ; le pontife, son chef, tait reconnu par tous comme le reprsentant du principe d'autorit dans sa plus haute expression. Lorsque l'em-pire romain vint s 'crouler sous le choc redoubl des hordes envahissantes, les populations, rduites se dfendre, s'administrer elles-mmes, faute de chefs et de magistrats, se pressrent autour de leurs vques, qu'ils investirent de tous les pouvoirs, et les pasteurs, se dvouant pour leur troupeau, qui se confiait en eux , supplrent au g ouvernement qui n'tait plus ; les conqurants eux-mmes subirent l'influence de ces hommes pieux et les laissrent investit de la double au-torit que la force des choses avait mise entre leurs mains ; puis, l'ordre hirarchique, depuis longtemps tabli dans l'glise, imprima la nouvelle organisation sociale l'unit, en la concentrant dans son chef visible. Ds le Ve sicle, elle se prsente "comme une socit indpendante, constitue, interpose entre les matres du monde, les possesseurs du pouvoir tempo-rel d'une part et les peuples de l'autre, servant de lien entre eux et agissant sur tous" (Guizot, histoire de la civilisation en France, p. 133).Cette action tait lgitime, car elle tait exerce par les plus dignes et les plus clairs, et elle avait de plus pour elle le consentement de l'immense majorit ; aussi alla-t-elle se fortifiant et s'tendant, une poque o il n'existait au-cun autre pouvoir vritablement constitu. Mais si les pontifes romains taient devenus ainsi "les conseillers, les arbitres, les juges des princes, tant au temporel qu'au spirituel, juges dont il tait souvent dangereux de mconnatre les sentences", on peut dire, avec un crivain catholique, que de leur part il n'y avait pas usurpation (Balms, Le Protestantisme compar au Catholicisme, T. III, p. 299), car aucun droit lgitime n'tait ls ni mconnu. L'glise chrtienne tait d'ailleurs en ce temps "la socit la plus populaire, la plus accessible, la plus ouverte tous les talents, toutes les nobles ambitions de la nature humaine" (Guizot, Histoire de la civilisation, p. 133. Ibid., p. 149). Tous les efforts des papes, tout ce qu'ils avaient de lumires, de volont et d'nergie fut employ par eux amliorer le sort de lhumanit, protger les faibles contre la vio-lence des forts, rendre justice chacun ; aussi, M. Cousin a-t-il pu proclamer avec vrit que "le christianisme a fait dans cette priode tout ce qui s'y est fait de bon et de grand" (Cours de l'histoire de la philosophie, 1829). Grgoire VII est la plus clatante personnification du pouvoir pontifical au moyen ge. "Sous lui, dit M. Michelet, dont le tmoignage ne saurait tre suspect, l'glise tait la libert, et elle soutint ce caractre jusque sous Alexandre III, le chef de la Ligue lombarde" (Histoire de France, 1833, p. 392). Si ses successeurs, effrays de l'agitation qui commenait se manifester dans les esprits, s'ef-forcrent d'arrter un mouvement qui devenait menaant non seulement pour le dogme, mais encore pour l'ordre social, c'est qu'ils voyaient trop bien que dans les ides qui cherchaient se faire jour se trouvaient en germe le dsordre et l'anar-chie, et que, pour me servir des expressions du mme crivain, "il y perait surtout un sentiment audacieux de la puissance morale et de la grandeur de l'homme. Innocent III sembla russir dans cette tche, Boniface VIII y succomba" (Ibid., p. 393).

    Mais il ne faut pas croire que les papes n'eussent combattre que les prtentions plus ou moins hautaines des princes, jaloux de conqurir leur indpendance, ils avaient dployer toute leur vigilance et toute leur nergie pour comprimer les doctrines hrtiques qui, tantt ouvertement et tantt dans l'ombre, s'efforaient de se propager.

    L'glise n'avait cess d'tre en lutte avec elles depuis son tablissement ; car "les premires hrsies s'levrent dans son sein immdiatement aprs la mort des aptres" (Voy. tudes philosophiques sur le Christianisme, par A. Nicolas. 7 d., T. IV, p. 118). Aux Basilide, aux Valentin, aux Carpocrate et toute la famille des gnostiques, qui continua de subsister dans ses nombreuses ramifications, vinrent bientt se joindre et Mans, et Arius, et Nestorius, et Plage. Les manichens surtout se perpturent sous diffrents titres jusqu'au XI sicle, poque laquelle Hribert et Lisoy se rendaient clbres par leur obstination et leur fanatisme, puis dans le XII, s'aventurant hors de leurs conciliabules, on les voyait s'associer avec les Cottereaux, et s'assurer la protection des seigneurs du Toulousain. A la fin du XII sicle, l'abb Joachim, surnomm le prophte, se faisait l'aptre de la religion de l'Esprit, et bientt une grande partie de l'ordre des Franciscains, nouvellement fond, tait entrane dans l'hrsie gnostique sous le nom de spiritualistes.

    II n'y a pas s'tonner de voir tant d'hrsies se succder en foule depuis les premiers temps chrtiens jusqu' l're de la Rformation. Dans un tat social o le principe d'autorit tait thocratique, l'opposition ne pouvait gure se manifester que sous cette forme ; pour miner l'difice, il lui fallait s'attaquer sa base, c'est--dire au dogme, et procder au renverse-ment de l'ordre politique et religieux tabli, par la ngation de son principe. C'tait l la marche logique, rationnelle, et les oppositions n'ont jamais failli la suivre. Le but final des dissidents tant de constituer une socit nouvelle, leurs premiers

    1 A signaler : Antonio Coen, Dante et le contenu initiatique de la Vita Nuova, d. Vitiano, 1959. Livre crit et dit par des francs-maons, et qui confirme combien Dante tait un haut initi. Coen cite p. 23 le livre d'E. Aroux, prcisant le srieux de ses recherches. L-H R.

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    efforts devaient se diriger contre la puissance qui dominait alors. "De l, dit M. Cousin, la ncessit que la premire rvolu-tion, moderne ft une rvolution religieuse". Mais il se trompe lorsqu'il signale, comme premiers antcdents de cette rvo-lution, la tentative d'une rforme lgale au concile de Ble, puis l'affaire des hussites, et dit "que l'esprit nouveau, c'est--dire l'esprit d'examen et de libert, a fait son apparition dans le monde vers le XVIe sicle" (Histoire de la philosophie. Cours de 1829, p. 8). On ne tardera pas le reconnatre.

    Au XIII sicle clate dans le Languedoc et la Provence, avec des symptmes menaants, un de ces soulvements de l'esprit humain, qui, selon la remarque de Macauley (Histoire de la papaut pendant les XV et XVI sicles, par Ranke) se renouvellent de sicle en sicle, jusqu'aux prdications de Luther. Cette agitation tait amene par les Croisades, qui, en-treprises dans un bien autre but, avaient mis en rapport l'Europe avec la Grce sophistique, avec l'Orient musulman et pan-thiste. La mtaphysique d'Aristote tait arrive de Constantinople, et ses commentateurs arabes taient traduits en Castille et en I talie. "L'glise n'ayant jamais condamn aucune mthode" (Voy. Balms, T. III, p. 342) et ses principaux docteurs ayant adopt celle des pripatticiens, on jurait tout haut par Aristote, mais tout bas on se dclarait pour les Arabes et les Juifs, c'est--dire pour le panthisme d'Averros, et pour les subtilits de la Kabbale.

    Le philosophisme, le rpublicanisme et l'industrialisme attaquaient ensemble ou isolment l'autorit souveraine du Saint-Sige et l'ordre tabli. Un immense mouvement religieux se manifestait sur deux points la fois : le rationalisme vaudois dans les Alpes, le mysticisme allemand sur le Rhin et dans les Pays-Bas, o se renouvelaient sans cesse les rvoltes des ouvriers, des tisserands et autres gens de mtier de Gand, de Bruges, d'Ypres, contre leur comte, leur vque et le clerg. D'un autre ct, les montagnards pimontais et dauphinois, dirigs par un rationalisme grossier, repoussaient les symboles et les images, la croix et les mystres. Les sectateurs de Pierre de Bruys, dont la prtention tait de reproduire l'glise pri-mitive dans sa puret et sa pauvret, avaient t rprims un instant, puis s'taient bientt reforms Lyon vers 1170, sous le marchand Vaud ou Valdus. En Italie, ils avaient eu pour chef Arnaud de Brescia qui, rest matre de Rome pendant dix ans, y donna le spectacle de la rvolte du raisonnement triomphant de l'autorit.

    Dans le Nord, Amaury de Bne, prs Chartres, et son disciple David de Dinant se mettaient, vers la fin du XII sicle, prcher une sorte de panthisme mystique, puis dans les crits de Scot Erigne, reflet altr des sectes htrodoxes comprises sous le nom de cathares. Quelques-unes de leurs doctrines ont, en ef fet, une ressemblance frappante avec celles des hrtiques d'Orlans de 1022, que M. C. Schmidt rattache sans hsiter l'glise cathare Histoire des Cathares ou Albigeois, T. 1, p. 28 ; T, II, p. 151, 287) ; d'autres ne sont que le pur joachimisme.

    L'abb Joachim et Amaury de Bne enseignaient "trois poques successives, savoir : le rgne du Pre, celui du Fils et celui du Saint-Esprit ; le rgne du Pre ayant dur tout le temps de la loi de Mose celui du Fils 1200 ans aprs son appari-tion sur la terre, priode des crmonies et des sacrements ; enfin celui du Saint-Esprit, commenant au XIII sicle, dans lequel toutes les prescriptions antrieures devaient cesser, pour ne laisser subsister d'autre religion que la pure adoration de l'me" (Universal Biography). D'autres enfin relvent videmment de Scot rigne (Averros et l'Averrosme, par E. Re-trait. Paris, 1852, p. 177).

    Il y avait au XIII sicle deux centres, qu'on peut dsigner comme les deux foyers de laverrosme