Alexandra, une (re)naissance Maison Alexandra David Neel ... Alexandra David-Neel : portrait...

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  • N°48 – mai 2019 – Lettre d’information Patrimoines en Paca – DRAC / MET 1

    Alexandra, une (re)naissance

    Maison Alexandra David-Neel

    MAISON | MUSEE | JARDIN Nadine Gomez, conservatrice en chef du patrimoine

    À l’occasion du double anniversaire de la naissance et de la mort d’Alexandra David-Neel, il

    y a respectivement un siècle et demie et un demi-siècle, d’importants travaux ont été réalisés

    sur le site où vécut cette femme aussi célèbre que méconnue.

    Alexandra David-Neel entretenait un rapport singulier avec Samten Dzong, autant protection

    et extension du corps que projection de l’esprit.

    Nous avons choisi d’en restituer son environnement – bâti et jardin - au plus près de ce qu’il

    fut, de retrouver les usages matériels et spirituels ayant prévalu à l’aménagement de la

    maison, mais aussi de lui rendre un hommage à « hauteur de femme » par un musée à

    proximité immédiate de son lieu de vie.

    Nous souhaitons ainsi faire renaître et remettre en lumière cet « esprit des lieux » parfois

    enfoui, celui qu’elle aura légué, et le mettre à la portée du plus grand nombre.

    À l’image du rebirth : une respiration retrouvée, amplifiée, un souffle nouveau sur son dernier

    port d’attache dans la montagne.

    Alexandra David-Neel : portrait au-delà des apparences d’une femme

    célèbre et méconnue

    Le nom d’Alexandra David-Neel (1868-1969) est indissociable de l’exploration du Tibet.

    Pourtant, celle qui va devenir écrivain sous le nom de David-Neel ne s’embarque qu’à l’âge

    de 43 ans pour un voyage de plus de quatorze années, son grand voyage.

    La longue période de sa vie précédant la célébrité conquise dans le monde des lettres et de

    l’orientalisme constitue autant la source que le fondement déterminant d’un si extraordinaire

    parcours pour une femme de son époque : riche d’une immense variété de rencontres et

    d’enseignements, d’engagements sociaux et politiques par ses positions féministes et

    anarchistes, philosophiques avec la franc-maçonnerie, et artistiques car elle fut aussi une

    musicienne accomplie.

    L’irrésistible attrait pour l’Asie et la spiritualité orientale fut toutefois le plus fort : après son

    mariage en 1904 en Tunisie avec Philippe Néel qui restera un indéfectible soutien, elle

    consacre un livre au bouddhisme en 1910 et part pour Ceylan en 1911.

    Si Alexandra David-Neel a passé 25 ans de sa vie en Asie, si elle fut la première femme

    européenne à se rendre dans la cité interdite de Lhassa, ses voyages ne font pas d’elle

    « qu’une » exploratrice : ils nourrissent une œuvre d’une densité et d’une force considérables,

    ils ouvrent à la pensée occidentale du début du XX e siècle des perspectives totalement

    novatrices dont nous constatons aujourd’hui à quel point elles sont en prise avec un besoin de

    spiritualité croissant et l’émergence continue des philosophies bouddhiques.

  • N°48 – mai 2019 – Lettre d’information Patrimoines en Paca – DRAC / MET 2

    L’impact de cette vie exceptionnelle est encore très présent aujourd’hui, aussi bien dans les

    milieux artistiques (un opéra a été créé et une chorégraphie est en cours d’écriture, ses écrits

    inspirent des artistes visuels, des auteurs de bandes dessinées, des photographes marchant sur

    ses traces, des réalisateurs de documentaire, des expositions, etc.) que philosophiques, comme

    en atteste la vivacité des nombreuses recherches sur ses textes et ses explorations.

    Il s’agit donc aujourd’hui, à travers les différents mais indissociables aspects du travail que

    nous conduisons (maison, musée, jardin) de rendre compte de la formidable diversité et de la

    modernité de son œuvre, loin des clichés et approximations dont elle fut l’objet. L’enjeu est

    également d’appréhender la saisissante actualité de son œuvre et de mieux comprendre

    comment elle nous projette dans un futur qu’elle voulait empreint de liberté, de connaissance

    et de sagesse, à l’image de la vie qu’elle s’était choisie avec courage et obstination.

    Cent ans et sans répit

    24 octobre 1868 naît à Saint-Mandé (à côté de Paris)

    15 ans fugue vers l’Angleterre et deux ans plus tard vers l’Italie

    20 ans obtient un premier rôle de soprano dans un concert

    24 ans rompt avec ses parents

    25 ans rencontre Jean Hautstont

    26 ans rencontre Elisée Reclus

    27 ans écrit un premier article dans l’Etoile Socialiste (aux côtés de Louise Michel)

    27-28 ans effectue un tour de chant en Indochine

    32 ans rédige un premier article dans La Fronde, journal écrit, géré et vendu par des femmes

    écrit Pour la Vie, texte anarchiste préfacé par Elisée Reclus.

    36 ans se marie en Tunisie avec Philippe Néel

    43 ans embarque pour Ceylan

    45 ans rencontre d’Aphur Yongden (13 ans), compagnon de tous ses voyages

    45 ans devient la disciple du gomchen de Lachen qui l’initie au bouddhisme tantrique

    55 ans arrive à Lhassa

    56 ans revient en Europe (14 ans de voyage)

    58 ans publie Voyage d’une parisienne à Lhassa

    60 ans achète sa maison de Digne en son nom

    61 ans adopte Aphur Yongden (Albert Aphur Yongden David)

    67 ans passe son permis de conduire

    69 ans repart en Chine par le transsibérien

    1941 mort de Philippe Néel

    78 ans revient de Chine en avion

    1955 mort de Yongden

    89 ans envisage de repartir

    100 ans renouvelle son passeport

    100 ans 9 mois et 8 jours s’éteint à Digne le 8 septembre 1969

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    Maison / Samten Dzong

    © François-Xavier Emery, ville de Digne les Bains, Maison Alexandra David Neel

    Un chez soi hautement symbolique et coloré

    À son retour du Tibet, Alexandra, avec l’acquisition de sa demeure en 1928, va réellement

    devenir écrivain. Après une première étape à Toulon, où elle achève le manuscrit définitif du

    Voyage d’une parisienne à Lhassa, elle se rend à Digne pour y visiter une propriété dont elle

    fera son port d’attache dans la montagne.

    Samten Dzong (Résidence de la Réflexion en tibétain) est l’unique maison qu’ait possédée

    Alexandra David-Neel tout au long de sa vie centenaire. Malgré les couleurs très vives, elle

    n’a pas souhaité faire une « copie » du Tibet dont pourtant elle s’inspire, ou une simple

    reconstitution théâtrale et pittoresque. Sa maison est autant un lieu de vie que d’écriture et de

    travail. David-Neel y a exercé sa créativité avec acharnement, concevant les plans

    d’agrandissement, choisissant la distribution des espaces intérieurs et tous les matériaux de sa

    construction, de la menuiserie aux couleurs des papiers peints. Elle élève une tour dite de la

    méditation au centre de la maison qu’elle coiffe d’un gyältsan, emblème de victoire tibétain et

    de la forte dimension symbolique qu’elle souhaite lui conférer. La concrétisation de cette

    maison, sans être une fin en soi ou un quelconque achèvement, est toutefois une incontestable

    victoire pour Alexandra qui en a décidé la réalisation, dessiné les plans à la façon d’un

    architecte, suivi de bout en bout les travaux, financé l’acquisition par le seul produit de son

    travail de femme de lettres. Fidèle aux valeurs d’unicité et de globalité qui lui étaient chères,

    la maison est une œuvre à part entière, un récit qu’elle donne à voir.

    Ecrire au cœur des livres

    La vie d’Alexandra est une suite de récits qu’elle consignera d’abord dans des carnets

    personnels, dans de nombreux échanges épistolaires, puis dans des publications pour des

    revues, des journaux et enfin des éditeurs.

    Mais c’est ici, à Samten Dzong qu’elle écrira la plus grande partie de son œuvre. Pour ce faire,

    elle y rassemble une importante bibliothèque, travaille avec acharnement, et collabore avec

    Aphur Yondgen, avec lequel elle écrira plusieurs contes philosophiques cosignés, ainsi

    qu’avec des ami(e)s assistant(e)s. Durant les premières années, Alexandra David-Neel y

    rédige cinq ouvrages, dont Mystiques et magiciens du Tibet, et organise son futur voyage en

    Chine où elle restera dix ans. A son retour, Samten Dzong devient un îlot essentiellement

    consacré au travail où elle rédigera, jusqu’à sa mort, dix ouvrages publiés, dont le célèbre Les

  • N°48 – mai 2019 – Lettre d’information Patrimoines en Paca – DRAC / MET 4

    enseignements secrets des bouddhistes tibétains. Elle reprendra Le bouddhisme du

    Bouddha, et écrira de nombreux autres ouvrages non édités de son vivant.

    Par ses innombrables publications et interventions publiques, elle contribua beaucoup à la

    popularisation du savoir sur le Tibet et le bouddhisme en France et en Occident,

    particulièrement le bou